LETTRE DE BALTHAZAR (11)
Crouesty- Viana do Castello
Samedi 22 Mai à Dimanche 30 Mai 2010
Dimanche 30 Mai. Le carré inondé de soleil est silencieux. Il est 7h et l'équipage est encore au pays des rêves. Nous sommes arrivés hier en fin d'après midi dans le port de Viana do Castello, petite ville côtière du Nord du Portugal, dans la région du Minho, tout à fait charmante dès que l'on pénètre dans ses quartiers anciens: ruelles pavées aux maisons en granit élégantes et très anciennes, riches demeures de vaillants portugais ayant fait fortune à la pêche au bacalao (morue) ou au Brésil, églises baroques richement sculptées et décorées. Hier soir sur la place centrale entourée de très anciennes façades nous eûmes la chance de tomber sur un festival de danses folkloriques. Au son des accordéons, guitares en tous genres, triangles et autres instruments anciens des groupes de danseurs et danseuses en habits bourgeois ou paysans très soignés et d'époque (17ième et 18ième siècle), animaient cette soirée au grand bonheur bon enfant des familles portugaises.
Décidément j'ai le don de passer dans ce port au moment de ce genre de manifestation. En Août 2003 je m'étais dérouté avec mon bateau précèdent, Marines, en route pour Madère et les Antilles, sur Viana do Castello pour venir fêter dans l'allégresse la naissance, apprise en doublant la nuit précédente le cap Finisterre de près pour avoir la couverture téléphonique, la naissance de ma petite fille Laure. Nous tombâmes sur la fête annuelle. Tous les villages environnants défilaient en habits d'époque, représentant les métiers et les classes sociales d'alors; chaque groupe était précédé de son orchestre jouant les airs à la mode de ces temps révolus. L'ambiance était si festive qu'avec tout l'équipage nous nous sommes joints bras dessus bras dessous à toute la population locale qui formait une immense procession à travers les ruelles de la ville. La fête s'était terminée à une heure avancée de la nuit par un somptueux feu d'artifice tiré du grand pont qui enjambe l'estuaire du Lima. Sur Marines nous étions aux premières loges le long des quais bondés de monde.
Samedi 22 Mai 2010 nous avions appareillé du Crouesty par un temps splendide , après une préparation soigneuse de Balthazar au cours de cet hiver et jusqu'à ces derniers jours. Anne-Marie était venue passer avec moi la semaine de Pentecôte pour m'aider à finir d'armer le bateau et s'était jointe à l'équipage pour cette fin de semaine que nous allâmes passer en mouillages forains dans les îles d'Houat et Belle Ile. Elle quittait le bord Lundi de Pentecôte avec Claude Laurendeau, qui était venu contribuer à la préparation finale, pour rentrer au Crouesty sur « En nous allé » (c'est du créole!) le bateau de nos amis Pierre et Elizabeth Dubos qui s'étaient joint à nous pour accompagner notre départ. Anne-Marie, qui avait fait il y a deux ans la traversée sur le Brésil, se réserve cette fois ci de découvrir à l'automne les canaux de Patagonie.
La traversée du golfe de Gascogne s'est faite par petit temps: spi puis travers puis près accompagnèrent la rotation du vent faible de l'Est au SW puis à l'W. La risée Perkins fut nécessaire pour terminer cette première étape qui nous amenait Jeudi 27 à Bayona à la sortie de la ria de Vigo en Galice espagnole. Nous y retrouvions Roland et Hedwige venus en voiture de Pré Barjaud via Toulouse et qui nous accompagneront jusqu'à Madère.
Prenant l'apéritif du soir dans le cockpit, sous les remparts de la vieille petite ville, je me prends à rêver de l'atmosphère de l'année 1493 qui vit atterrir ici la Pinta, Caravelle courte (même longueur que Balthazar) mais trapue et ventrue dont la réplique était mouillée à deux encablures, commandée par Pinzon, lieutenant de Christophe Colon, pour annoncer à l'Europe la découverte des Amériques. Comme en Bretagne on retrouve en Galice ces vieilles maisons solidement construites en granit doré de si belle couleur illuminé au couchant. Soirée fort agréable dans un restaurant à tapas abrité dans une de ces maisons galiciennes typiques.
Au programme du Vendredi 28, balades et entretien du bateau. Le moteur ayant calé soudain en mer, puis redémarré sans difficulté après avoir commuté son alimentation sur l'ancien filtre décanteur (j'avais fait installer au printemps un deuxième filtre décanteur en parallèle pour rester immédiatement opérationnel en cas de pollution sérieuse de gasoil comme cela nous était arrivé l'an dernier à la suite d'un ravitaillement désastreux à Horta aux Açores), puis recalé au ralenti à l'accostage, nous inspectâmes en détail le circuit de gasoil: démontage, nettoyage, échange de la cartouche filtrante du nouveau filtre, soufflage de la tuyauterie, vérification qu'il n'y a pas d'erreur de montage de la vanne 3 voies ni de croisement entrée sortie... finalement échange du filtre fin du moteur. Tout rentre dans l'ordre. Il est plus que probable que le nettoyage complet du réservoir que j'avais fait faire cet hiver (mais qui ne peut être total vu la présence de plusieurs cloisons antiballotantes) avait laissé un peu d'eau et de fin dépôt qui sont allés colmater progressivement les filtres. Pendant ce temps JP (Merle) s'affaire à optimiser le câblage pour faire fonctionner simultanément et sans inconvénient de régulation l'éolienne chargeant le pack 24V et les panneaux solaires chargeant le 12V (configuration optimale de navigation, au mouillage de nouvelles commutations ont été installées pour charger avec les panneaux solaires le pack 24V ou 12V au choix suivant les besoins).
Eckard quant à lui efface miraculeusement avec le kit de traitement d'ébénisterie que m'a remis Garcia les quelques traces ou rayures de chocs sur les boiseries. Enfin l'écoute bâbord est retournée, sa gaine ayant été entamée près du point d'écoute; l'origine de ce ragage est identifiée et corrigée. Voilà un bon échantillon des travaux d'entretien qu'il faut faire sur sa monture pour pouvoir courir les océans.
Entre-temps l'équipage s'est levé et une bonne odeur de pain grillé me fait terminer cette lettre.
Les fichiers météo m'indiquent que l'anticyclone s'installe pour plusieurs jours sur les Açores en bonne position pour amorcer les alizés portugais : vent du Nord puis alizés nous emmèneront au portant jusqu'à Madère. A border la grande écoute après une promenade en ville et le déjeuner à quai.
Expédié de Viana do Castello, Portugal, le Dimanche 30 Mai 2010
aux équipier(e)s, parents et ami(e)s qui ont la gentillesse de s’intéresser à nos aventures marines
équipage de Balthazar : Jean-Pierre d’Allest, Eckard Weinrich, Michèle Durand, Jean-Pierre Merle, Roland et Hedwige Morel.